Par PenserlaFrance
« Au manège, mensonges et pièces jaunes »
Avec son tact et son smic, Isabelle, "la dame du manège", comme l'appellent les gamins quand ils la croisent dans les allées d'Auchan, est bien placée pour comprendre ce que sont les fins de mois difficiles. Dans sa petite guérite opportunément située au centre de la galerie commerciale de l'Auchan de Mont-Saint-Martin - pour que tous les enfants l'aperçoivent en entrant -, elle décrypte mieux que personne les équations mentales du budget des ménages qui se forment autour de son kiosque enchanté. Pendant que tournent les heures et les chevaux, elle saisit tout de ces petits gestes qui disent la "vie chère" : la valse de pas autour du manège qui dit les hésitations, les mots pour tenter d'expliquer les refus, les mille et une astuces des parents qui veulent ménager leur porte-monnaie, mais ne pas priver leurs enfants.Ces petites ruses, Isabelle les connaît par coeur. Elle décrypte depuis des années ces poings serrés d'enfants qui viennent déposer devant elle des dizaines de centimes d'euros. "Je les vois arriver de loin avec toutes leurs petites pièces jaunes", décrit-elle. Les parents restent au loin et lancent, inquiets ou gênés : "Ça ne vous dérange pas ? Mon fils a cassé sa tirelire." Ou bien : "Désolée, ce sont les petites économies de ma fille." Elle répond : "Non, non, pas de souci, c'est de l'argent quand même !" Isabelle sait trop bien que la famille a fait ses poches et ses tiroirs pour réunir les 2 euros du tour de manège.
Au début du mois, les parents sont conciliants. Mais, très vite, vers le 10, on renoue avec les petites ruses. Il n'y a pas toujours de tour pour chaque enfant de la famille. "Les parents expliquent : "Toi, tu es trop grand". Ça me fait toujours peine, quand l'autre pleure", raconte Isabelle. Alors, la jeune femme les aide à monter sur la plate-forme, à côté du camion de pompier, de l'avion à hélice ou du cygne à plumes : "Tu restes à côté de ta petite soeur. Tu la surveilles." Et si la mère de famille fronce les sourcils en apercevant l'aîné embarqué dans la danse, la dame du manège ment sans gêne sous les angelots de son carrousel doré : "C'est moi qui lui ai demandé. La petite s'était levée..."
<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>Lire l'article entier « La vie chère vue de mon hyper » à L'hypermarché de Longwy et de Mont-Saint-Martin.http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3230,36-846169,0.html
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