Ségolène et Nicolas triomphent actuellement dans les Médias et leurs militants le leur rendent bien. L'un comme l'autre illustrent le nouveau tournant que la vie politique française est en train de vivre. L'image détrône l'écrit, qui a lui-même détrôné le verbe, pour reprendre la célèbre grille d'analyse de Régis Debray des trois moments successifs de notre histoire : vidéosphère, graphosphère et logosphère.
Cette rupture est un évènement majeur.
Ségolène a joué le style et l'image. Nicolas a vendu son action par épisodes médiatiques successifs.
L'image politique démontre l'action politique et s'impose à la pensée.
Dans ce processus dynamique, la France est en train de perdre une partie de sa tradition politique faites de débats et de confrontations d'idées.
Ce processus est-il arrivé à son terme ? Bien sûr que non !
L'élection de 2007 sera-t-il le point de bascule de ce bouleversement annoncé ? C'est possible, mais rien n'est sûr !
Ce bouleversement nous est en effet imposé intellectuellement par les vaillants soldats et officiers supérieurs de la vidéopshère - sondeurs, analystes et journalistes de l'image - trop avides d'asseoir ainsi leur domination définitive et sacrée.
Mais que représentent Ségolène et Nicolas - et leurs partis respectifs - en terme électoral ? Moins de 25% du corps électoral.
Certains candidats issus de la graphosphère ou de sa tradition ont - d'ores et déjà - été écartés : Laurent Fabius en est un exemple parfait.
Mais d'autres sont encore présents : Bayrou, Chevènement et... le probable Chirac.
Dans ce processus, où en est véritablement la France ?
Va-t-elle obéir à ce besoin irrépressible d'image, de style ou va-t-elle réaffirmer sa passion toujours intacte pour le débat et la confrontation d'idées ?
La tentative d'OPA de 2005 - sur le référendum - a opposé les deux mêmes pratiques, avec le résultat que l'on sait...
La vidéosphère cherche-t-elle sa revanche ? C'est probable !
Dans ce processus, les corps souffrent, et tout naturellement le dernier homme de la logosphère - le tribun Le Pen - peut encore tirer son épingle du jeu.
Il est à prévoir - enfin - qu'au cours de cet affrontement, surgira un seul élu dans chaque camp : quel sera celui de la graphosphère ?
Sûr de lui, le tribun reste à l'affût, certains que son triomphe se limitera à un possible second tour, mais jamais plus.
Drôle de campagne - aux enjeux multiples - que cette campagne de la présidentielle 2007.