• TEXTE EXCEPTIONNEL du philosophe MANUEL DE DIEGUEZ : Un de nos grands Maîtres !

     

    « Une brève biographie du verbe penser »(section : Philosopher)

     

    La langue française distingue le verbe prendre du verbe comprendre. Ce divorce est fondateur de la philosophie ; car si penser n'est pas capturer une proie, si penser ne répond pas à la vocation des chasseurs de fabriquer des pièges ingénieux, si penser n'est pas mettre la main sur les ressorts du cosmos, qu'est-ce donc que penser et pourquoi prendre et comprendre se sont-ils si longtemps confondus?

    Car, aux yeux des Romains, com-prehendere c'est à la fois comprendre et mettre la main sur le monde. Certes, pendant plusieurs siècles, le verbe penser s'était mis en tête de jouer les trouble-fête parmi les fêtards de <?xml:namespace prefix = st1 ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:smarttags" /><st1:PersonName w:st="on" ProductID="la puissance. Mais">la puissance. Mais</st1:PersonName> la physique moderne ne tente même plus de penser, elle se contente de traquer le réel avec des cyclotrons et de décrire ce qui s'est passé quelques secondes après l'apparition de <st1:PersonName w:st="on" ProductID="la matière. Car">la matière. Car</st1:PersonName> pour penser ces mystères, il faudrait leur donner une signification, donc demander à la raison de déceler je ne sais quelle intentionnalité intelligente et quelle finalité raisonnée au cœur des comportements aveugles des atomes et des particules élémentaires. Quant à assister avec un retard de quelques milliards d'années au spectacle du débarquement subit de l'étendue et de la durée - elles n'étaient pas encore là - la question du sens, c'est-à-dire de l'intelligible, n'en resterait pas moins sans réponse, parce que la rationalité simiohumaine est animiste, donc magique de naissance et à jamais. Comment un animalcule immergé dans l'espace et le temps conquerrait-il jamais un regard de l'extérieur sur l'espace et le temps, puisque cette extériorité-là demeurerait à son tour enfermée dans l'espace et le temps ?

    Cependant, la disqualification de la faculté de penser telle que le simianthrope la conçoit entraîne des conséquences politiques observables, parce que si l'Histoire de l'intelligence s'écrit à l'école et à l'écoute des performances payantes de ses opérateurs, qui tentera encore de se poser les problèmes de fond de la politique? La raison se réduira-t-elle à se spécialiser dans le tour de main nécessaire à la conquête des savoirs utiles ? Dans l'ordre politique, l'utile sera d'entrer en possession de l'autorité d'emprunt qu'un suffrage universel bien instrumenté, donc habilement leurré, confèrera à des candidats plus habiles que leurs rivaux pour mener de tels exploits à bien.

     

    http://pagesperso-orange.fr/aline.dedieguez/tstmagic/1024/tstmagic/philosopher/penser.htm


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