• « De Gaulle au musée » par Régis Debray, un de nos grands Maîtres !

     

    Ce qui m'importe, c'est ce que l'on pensera dans deux générations", disait de Gaulle en 1969. Sentant venir la mort à Colombey et pesant chaque mot sur sa page blanche, le mémorialiste travaillait d'arrache-pied à ses Mémoires d'espoir, ses Discours et messages, pour les léguer à la jeunesse. "C'est elle qui saura reconnaître ce qui est essentiel", ajoutait-il, anxieux de savoir "s'ils vont comprendre le sens de ces textes". Deux générations ont passé, et l'essentiel a changé de face. C'est non une bibliothèque, mais un "monument audiovisuel", sous le nom improbable d'historial, qui s'offre aujourd'hui à nos lévites, aux Invalides. Dans cet Espace de Gaulle, dont le coeur est un film biographique projeté sur cinq écrans et qui serre la gorge, l'homme de plume et de pensée, l'auteur du Fil de l'épée et des Mémoires de guerre, a disparu derrière l'homme d'action et d'image. L'icône a gommé les mots, traités çà et là sur le mode images. Nos écoliers pourront voir ce que de Gaulle a fait sans avoir à se demander pourquoi il l'a fait. Au moins seront-ils surpris de constater, au fil des prises de vue et des clichés, qu'il y eut une préhistoire où un chef de l'Etat n'était pas encore tenu, du matin au soir, de sourire aux caméras. Le général s'y découvre à cru, tour à tour bougon, émoustillé, hautain, absent, rêveur - sans ce cheese d'optimisme benêt qui plaque désormais un même sourire de plâtre sur le visage de nos politiques.

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    http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/03/20/de-gaulle-au-musee-par-regis-debray_1025533_3232.html

     


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